Le contrat de mariage de Lucien Rinuy et Jeanne Bordeux, 26 août 1905, étude Paillart à Flixecourt. Il y a 121 ans. La première pièce de ce fonds ne parle pas de la maison : elle parle d'un mariage, vingt ans plus tôt, à deux cents kilomètres d'ici.

Château du Bû

Sept propriétaires, deux saisies, une guerre

Nous ne savons pas encore tout de cette maison.

Ce que nous savons, nous le tenons d'un fonds de cent quarante-huit pièces — actes, affiches, lettres de notaires — que la veuve du propriétaire précédent nous a remis, d'une date gravée sur une cheminée, d'un plan de géomètre dressé en 1937 — et de la mémoire d'un homme qui travaille ici depuis quarante-sept ans.

Voici ce que ces sources racontent. Et, tout aussi honnêtement, ce qu'elles taisent encore.

I

Une maison coupée en deux

Sur l'affiche de 1937, la maison porte deux noms à la fois : « le Château du Bû ou du Bel ». L'affiche emploie la formule telle quelle, sans trancher — nous y reviendrons.

Elle a pourtant une autre particularité, plus concrète, et celle-là se vérifie sur le papier : la maison est coupée en deux.

La limite entre les communes d'Orbois et de Hottot-les-Bagues ne contourne pas le domaine : elle le traverse — et elle traverse le corps de logis lui-même.

On le voit déjà sur le cadastre napoléonien de 1831. À l'endroit où commence la mention « Ch.au du Bus », le dessinateur a tracé un long bâtiment annexe, puis le corps principal — que la limite coupe par le milieu, si bien que la moitié du bâtiment n'est plus figurée qu'en pointillé.

Un siècle plus tard, en 1937, le géomètre-expert chargé de la vente reprend le même tracé sur son relevé, en traits et en croix. Rien n'avait bougé.

Cela fait donc bientôt deux siècles que l'on dort, dans cette maison, d'un côté ou de l'autre d'une frontière administrative selon la chambre que l'on occupe.

Le cadastre napoléonien d'Orbois est consultable aux Archives départementales du Calvados.

Relevé au 1/1000 du géomètre Avias : la limite communale traverse le corps de logis hachuré Agrandir
Le relevé au 1/1000, 1937. La limite passe au milieu du bâtiment, et la règle est écrite à côté : « Limite à 3m00 de l'axe de la haie de fusains ».
II

Les pierres sont plus vieilles que la maison

Dans la salle de billard, au rez-de-chaussée, une cheminée de pierre occupe tout un mur. Au centre du linteau, nettement gravé, un millésime :

1636

Il était là quand nous sommes arrivés en 2014, avec le billard devant lui. Ni l'un ni l'autre ne vient de nous.

Ce chiffre pose un problème que nous n'avons pas résolu. La façade, elle, ne ressemble pas à 1636 : toiture à la Mansart, lucarnes régulières, ordonnance classique — le vocabulaire d'un autre siècle.

Ce que les documents disent, en revanche, se laisse dater.

Le cadastre de 1831 montre déjà une maison ici — et devant elle, une voie droite d'environ trois cents mètres qui longe la limite des deux communes jusqu'à la route d'Orbois. On ne trace pas une avenue devant une ferme. En 1831, cette maison avait déjà la disposition d'un château.

Ce qui n'existait pas encore, c'est l'allée boisée par laquelle on arrive aujourd'hui : elle apparaît sur le plan de 1937, pas sur celui de 1831. Elle a donc été ouverte entre les deux — un siècle d'écart.

Dans le parc, un cèdre est aujourd'hui l'un des plus grands arbres du domaine. Le cèdre de l'Himalaya n'arrive en Europe qu'en 1822 et ne se plante dans les parcs français qu'à partir des années 1840 : cet arbre ne peut pas être antérieur. Sur une carte postale ancienne, il est déjà haut.

L'annonce de 1926 dit d'ailleurs, en toutes lettres, que la maison est « entièrement à neuf ».

Une maison ancienne, donc, mais reprise, agrandie, replantée et redessinée — vraisemblablement dans la seconde moitié du XIXe siècle. Non pas créée : refaite.

Deux pièces de la façade restent, elles aussi, sans explication. Au centre de la façade, sous la fenêtre du premier étage, un blason de pierre : deux lions affrontés soutenant un écu, timbré d'une couronne. Un second, un peu différent et mieux conservé, occupe la position symétrique sur la façade arrière.

Or les deux écus sont vides. Aucune pièce, aucun meuble héraldique — rien que la surface nue. Un blason vide ne désigne aucune famille. Et ils ne se répètent nulle part ailleurs dans la maison : ni sur une cheminée, ni sur un linteau, ni sur une vaisselle. Notre lecture, prudente : il s'agit probablement d'un ornement de tailleur de pierre, posé lors d'une campagne de construction, plutôt que des armes d'un propriétaire.

Cela ne les a pas empêchés de devenir notre emblème. Les deux lions de la façade sont aujourd'hui le logo de la maison.

Blason de pierre : deux lions affrontés soutenant un écu vide, timbré d'une couronne Agrandir
Le blason de la façade sud. L'écu est vide.
Le logo du Château du Bû : les deux lions du blason de la façade
De la pierre à l'enseigne.

Il y a, dans cette maison, quatre choses que nous ne pouvons pas prouver.

Le millésime 1636 gravé dans la pierre de la cheminée. Les deux écussons muets, l'un sur chaque façade, qui ne portent aucune figure. Le récit d'un premier château de bois, ailleurs, qui aurait brûlé. Et le nom de ceux qui possédaient ce domaine avant 1925.

Le reste est écrit sur du papier, et le papier est ici.

Ce qui précède, nous l'avons reconstitué. Ce qui suit, nous ne l'avons pas écrit : nous l'avons lu.

Cent quarante-huit pièces sont sorties d'un carton — des actes, des affiches, des lettres échangées entre notaires, un inventaire dressé après une mort. Elles couvrent vingt-deux années, de 1925 à 1947, et elles racontent cette maison mieux que nous ne saurions le faire.

À partir d'ici, nous nous effaçons.

III

1925 — l'acte le plus ancien que nous ayons sur cette maison

Nos archives ne remontent pas aussi loin que la maison.

La pièce la plus ancienne qui parle de ce domaine est un acte de vente reçu par Maître Berthier, notaire à Livry, les 22 et 23 décembre 1925.

Ce jour-là, Lucien Rinuy achète le domaine du Bû de Monsieur Paul Gaston Marie de Brunville et de son épouse, qui habitaient la maison.

Acte de vente des 22 et 23 décembre 1925, page « origine de propriété », écrite à la main Agrandir
L'acte des 22–23 décembre 1925, page « origine de propriété ».

Avant les de Brunville, nous ne savons rien. La chaîne des propriétaires s'arrête là, et nous ne prétendrons pas qu'elle va plus loin.

IV

Douze ans pour vendre une maison

1925–1947

Les 22 et 23 décembre 1925, devant Maître Berthier, notaire à Livry, Lucien Rinuy achète le domaine du Bû.

Il l'achète de Monsieur Paul Gaston Marie de Brunville et de son épouse, qui habitaient la maison. Le prix est de quatre cent mille francs. Rinuy en paie cent quatre-vingt-cinq mille comptant. Les deux cent quinze mille francs restants seront dus le 22 décembre 1930, avec un intérêt de sept francs pour cent l'an à compter du 1er février 1926.

C'est tout ce que dit l'acte. Mais ces deux lignes contiennent déjà la fin de l'histoire : un homme vient d'acheter une maison qu'il devra finir de payer dans cinq ans, et il n'a pas l'argent.

Détail manuscrit de l'acte de 1925 : le passage sur l'acquisition faite de M. et Mme de Brunville Agrandir
Le passage de l'acte : « acquis par M. Rinuy […] de M. Paul Gaston Marie de Brunville », et le prix de quatre cent mille francs.

Rinuy n'est pas normand. Sa famille vient de la Somme — Flixecourt, Vignacourt, Bouchon. Son contrat de mariage a été reçu le 26 août 1905 par Maître Paillart, notaire à Flixecourt. Il est né à Flixecourt le 4 septembre 1876 ; sa femme, Berthe Bordeux, le 5 juillet 1878. Ils arrivent ici à près de cinquante ans.

Six mois après l'achat, la maison est déjà à vendre.

Le 7 juillet 1926, une affiche annonce une vente d'herbe à faucher sur quatorze hectares, « à Orbois, château du Bû », à la requête de « M. Rinuy, propriétaire demeurant à Orbois, château du Bû ». Il y habite. La même année, Maître Berthier fait imprimer une notice : « Belle Propriété d'un seul tenant, située à Orbois, à proximité de Villers-Bocage, contenant 40 hectares environ. » Elle décrit le vestibule et son escalier de pierre à rampe de fer forgé, le bureau, la salle de billard, le salon, la belle salle à manger normande, l'office, la cuisine, la laverie, la laiterie ; sept chambres au premier, six mansardes au second dont deux à feu ; l'écurie pour huit chevaux, la serre à chauffage, le beau pressoir, la cour d'honneur à la française, le potager clos de murs, le parc de quatre hectares cinquante planté de beaux sapins. Elle ajoute une phrase : « Cette maison est entièrement à neuf. »

Notice imprimée de vente de gré à gré, étude de Me Berthier, 1926, coin supérieur droit déchiré Agrandir
La notice imprimée par Maître Berthier, 1926. « Cette maison est entièrement à neuf. »

Entrée en jouissance : le 25 décembre 1926.

Il y eut deux acheteurs cette année-là. Aucun des deux n'acheta.

Le premier fut Monsieur Edouard Alfred Fouqué, architecte, et son épouse, demeurant à Paris, rue du Rendez-Vous numéro 76. L'acte de vente fut préparé, écrit, relu. Il porte, à la dernière ligne : « L'an mil neuf cent vingt-six. » Le jour est resté blanc. Il n'est pas signé.

Le second fut Monsieur Maurice-Julien Aubertel et Madame Marie-Clémence son épouse, demeurant ensemble à Étrochey, en Côte-d'Or. Pour eux, on ne rédigea pas une vente mais une promesse : sur un formulaire imprimé, on raya les mots « a vendu » et l'on écrivit à la main que Monsieur Rinuy leur conférait « la faculté d'acquérir […] d'ici au quinze décembre prochain, mil neuf cent vingt-six, à dix-neuf heures ».

Dix-neuf heures. Le notaire avait précisé l'heure.

L'année suivante, les Aubertel revinrent. On rédigea cette fois une vente en bonne forme, pour six cent vingt-cinq mille francs, à réitérer devant Maître Berthier. Elle se termine ainsi : « Fait double à Livry — L'an mil neuf cent vingt-sept — Le ____ ». Le jour est resté blanc une seconde fois.

Formulaire imprimé où « a vendu » est rayé et remplacé à la main par la faculté d'acquérir Agrandir
La promesse Aubertel : « a vendu » rayé, et à la main « la faculté d'acquérir […] à dix-neuf heures ».

Ensuite, les prix montent, et personne ne vient.

Le 30 septembre 1929, un intermédiaire parisien, François Loonen, 7 rue d'Artois, écrit à Maître Berthier qu'il a un client, Monsieur de Jacquelin, et propose sept cent trente-cinq mille francs, commission de cinq pour cent.

Le 22 décembre 1930, les deux cent quinze mille francs deviennent exigibles.

Trois semaines plus tard, le 13 janvier 1931, une lettre part pour Paris, à un prêteur du 24 rue de Richelieu. Elle sollicite un emprunt de deux cent trente mille ou deux cent cinquante-cinq mille francs, garanti par une hypothèque de premier rang sur les quarante hectares, à sept virgule quinze pour cent. Elle contient cette phrase :

« Le propriétaire a refusé ces jours derniers, en ma présence, 590.000 frs. de prix qui lui était offert pour l'achat de cette propriété. »

Cinq cent quatre-vingt-dix mille francs. Refusés.

Lettre dactylographiée du 13 janvier 1931 adressée à un prêteur parisien Agrandir
La lettre du 13 janvier 1931 : « Le propriétaire a refusé […] 590.000 frs. »

Il ne resta pas les bras croisés.

En mai 1931, il rouvre la carrière — sable de mer, gravier et galets, la couche de galets épaisse de quatre mètres cinquante à cinq mètres cinquante, jusqu'à six par endroits. En 1932 il la prend en régie directe. Il vend le mètre cube vingt-cinq francs aux particuliers, vingt aux entrepreneurs ; ses clients sont les maçons, le service vicinal, les communes voisines des cantons de Caumont et de Balleroy, qui adjugent chaque année en janvier et février. L'extraction se fait à la main, par tâcherons. Un chemin de cinq cents mètres mène à la route départementale ; les camions de huit mètres cubes y passent.

Pendant ce temps la maison reste à vendre. On demande cinq cent mille, puis six cent mille. Une notice propose de la couper : « Pour l'ensemble de la propriété 650.000 / Pour les 23 hectares 370.000 / Pour les 35 hect. 580.000 ». Le revenu annuel est estimé « 42.000 environ ».

Le 14 mai 1936, Rinuy écrit et signe lui-même une instruction :

« Le soussigné charge M° Gardin, notaire à Livry, de faire une publicité pour la vente de gré à gré de sa propriété, sise à Orbois, nommée Le Château du Bû, contenant 35 ha environ, et de sa carrière en exploitation d'une contenance de 5 ha environ, dans les journaux suivants : 1° Bonhomme Normand 2° Ouest-Éclair 3° Journal de Rouen 4° Journal de Bayeux 5° Courrier du Bessin 6° et Journal d'Aunay 7° Progrès Agricole. »

Sept journaux. L'annonce paraît dans L'Ouest-Éclair du 17 mai — trois jours plus tard.

Coupure de L'Ouest-Éclair du 17 mai 1936, l'annonce entourée à l'encre bleue Agrandir
L'annonce parue dans L'Ouest-Éclair du 17 mai 1936 — trois jours après l'instruction.
Instruction manuscrite et signée du 14 mai 1936, listant sept journaux Agrandir
L'instruction que Rinuy écrit et signe lui-même, le 14 mai 1936. Sept journaux.

Le 1er août 1936, l'huissier dresse procès-verbal de saisie.

L'hiver 1936-1937 se lit dans trois lettres.

Dans la première, Rinuy écrit à la partie poursuivante qu'il versera « le treize février et au plus tard le 20 février prochain » la somme de deux cent soixante-quinze mille francs, et demande qu'on arrête la procédure et qu'on lève les saisies.

Dans la deuxième, datée du 24 janvier, on répond au créancier : il n'y a aucune raison de suspendre avant d'avoir les fonds en main ; on a vu Maître Dillaye la veille et on lui a demandé de poursuivre la publicité et la procédure jusqu'à la vente ; et l'on ajoute qu'il ne faut pas se laisser intimider par la lettre du débiteur, « qui n'est peut-être qu'une manœuvre pour gagner du temps ».

La vente aux enchères est maintenue. Elle aura lieu le 19 mars 1937, à treize heures trente, à l'audience des criées du Tribunal civil de Bayeux. L'affiche est imprimée. La mise à prix du premier lot est fixée à deux cent vingt mille francs.

Grande affiche imprimée annonçant la vente sur saisie du 19 mars 1937 Agrandir
L'affiche de l'adjudication du 19 mars 1937. « Domaine du Château du Bû ou du Bel ».

Ce jour-là, la maison n'est pas adjugée.

Ce qu'il s'est passé, on le lit dans une troisième lettre, écrite le 5 novembre suivant par Édouard Gouesmel, conseil juridique à Vire, à Maître Bozec, notaire à Tilly-sur-Seulles. Il remercie son confrère du concours loyal apporté « au règlement Rinuy », et écrit :

« […] il ne semblait plus se souvenir que ce qu'il avait sauvé le jour même, à l'extrême limite, de la catastrophe, il me le devait. »

Sauvé, le jour même, à l'extrême limite.

Il avait fallu de l'argent. Un document autorise Maître Gardin à employer trois cent mille francs, montant d'un prêt consenti par Monsieur Richard, au paiement des créanciers hypothécaires et à l'arrêt des poursuites. Le 19 mars, Monsieur et Madame Rinuy signent une procuration. Le même jour est établi un compromis de vente, dont le notaire garde l'original en dépôt.

Ce compromis, on sait maintenant à qui il profitait.

Le 8 avril 1937, Gouesmel écrit à Maître Gardin. En marge, l'objet : « Acquisition du domaine — Location ou vente du Bû ».

« […] en accord avec M. Picard qui m'a fait entrer dans l'affaire comme bailleur de fonds, il est formellement convenu qu'aucune tractation, location ou vente ne sera faite sans mon consentement, puisqu'en fait je suis actuellement le réel propriétaire du domaine du Bû ; cela vous paraîtra, j'en suis convaincu, trop normal pour être discuté. »

Puis :

« D'autre part je suis passé hier à Orbois pour m'assurer d'un fait qui m'intéresse au plus haut point, l'assurance « incendie » des immeubles, car ce détail a une réelle importance dans cette affaire. Madame Rinuy a bien voulu me communiquer la police souscrite par son mari à la Compagnie d'Assurance Générale, M. Pierre-Geffroy, agent général d'assurance à Bayeux, dont la prime est échue du 28 février écoulé ; j'ai bien recommandé à Madame Rinuy que son mari la paie à échéance, mais quelle confiance puis-je attacher à la parole de mon vendeur — vous devez le connaître mieux que moi — c'est pourquoi je n'insiste pas davantage. »

Et enfin, à la dernière ligne :

« […] je vous prie de bien vouloir m'adresser dès que possible un des exemplaires de la vente Rinuy qui m'a été consentie. »

La vente Rinuy qui m'a été consentie. L'homme qui avait avancé l'argent était devenu l'acheteur.

Il était, sur son papier à en-tête, « Directeur particulier » de compagnies françaises d'assurances — Vie, Incendie, Accidents, Vol, Mortalité du bétail et des chevaux — et conseil juridique, et prêteur sur titres et sur hypothèques. La première chose qu'il fit, après avoir acquis un château, fut d'aller vérifier qu'il était assuré contre l'incendie.

Lettre à en-tête d'Édouard Gouesmel, 8 avril 1937, mention « Personnelle et confidentielle » Agrandir
La lettre Gouesmel du 8 avril 1937. L'en-tête dit son métier ; le corps dit « le réel propriétaire ».

Le printemps 1937, on loue les herbages à l'hectare. Une lettre du 12 avril en fait le compte : l'herbage du Bû, douze hectares, loué jusqu'au 1er février suivant pour huit mille francs ; les herbages de l'avenue, cinq hectares, pour deux mille sept cent cinquante. Quatorze hectares restent à louer. « Plusieurs amateurs doivent venir visiter la propriété mercredi. » La même année, un bail est passé devant Maître René Gardin, à Livry : « Par M. et Madame Rinuy — à M. Masson ».

Puis le domaine est vendu. On l'apprend deux ans plus tard, par une lettre qui ne parle pas de lui.

Le 17 août 1939, Maître Roger Gallais, notaire à Vassy, écrit à Maître Levêque, notaire à Villers-Bocage :

« En lisant le Bonhomme Normand vous remarquerez peut-être une publicité concernant le Château du Bel à Orbois. Cette propriété appartient au Docteur Blacher de Vire, qui est mon ami intime. […] Le prix qu'il demande pour le tout est de 350.000 francs. »

Et, à la page suivante :

« En même temps qu'à vous, j'écris à Maître Gardin, notaire à Livry, qui avait vendu la propriété au Docteur Blacher. »

Le docteur voulait profiter du fait que les châteaux, longtemps délaissés, étaient de nouveau recherchés dans la région par des gens du Nord et de l'Est.

Trois cent cinquante mille francs. Quatorze ans plus tôt, la même maison en valait quatre cent mille ; huit ans plus tôt, on en avait offert cinq cent quatre-vingt-dix mille et refusé.

La lettre est du 17 août 1939. La guerre est déclarée le 3 septembre.

Lettre dactylographiée de Me Roger Gallais, notaire à Vassy, 17 août 1939 Agrandir
La lettre Gallais du 17 août 1939 : « le Docteur Blacher de Vire ». La guerre est déclarée dix-sept jours plus tard.

Il reste une dernière chose à dire, et c'est la plus étrange.

Lucien Rinuy a perdu la maison en 1937. Il n'est pas parti.

Un papier de succession, écrit à Orbois, commence ainsi : « Monsieur Rinuy est † à Orbois le 10 Mai 1947 ». Il est mort ici, dix ans après. Il laissait sa veuve et deux enfants : Henri Maxime Lucien Palmyre Joseph Rinuy, né le 18 mars 1909 à Bouchon dans la Somme, carrier de son état, et Henriette Madeleine Emeline Lucienne Rinuy, née le 7 août 1912, célibataire.

L'inventaire de ce qu'il laissait tient sur une page. Il commence par cette ligne :

« Mobilier d'intérieur sinistré mais assuré à la compagnie d'Assurances Générales, Paris 87 rue de Richelieu, police n° 3.171.871, agence Bayeux, en date du 1/10/46 »

Sinistré. Le mot que l'on employait pour ce que la guerre avait détruit.

Suivent : du bois de chauffage, du matériel agricole, des bestiaux, des récoltes. Et cette phrase : « il reste 3 vaches laitières, 1 veau de 18 mois, 1 cheval vendu depuis le décès […] pour la boucherie ».

Et, au cinquième article, sous le mot Bâtiments rayé d'un trait : « Propriété à Orbois — ne reste qu'une carrière ».

Il avait acheté quarante hectares et une maison à quarante-neuf ans. Il est mort à soixante-dix ans, dans la même commune, avec trois vaches et un trou de sable.

Première page de l'inventaire après décès de 1947, papier quadrillé manuscrit Agrandir
L'inventaire de 1947, premier article : « Mobilier d'intérieur sinistré ».
V

1937 — l'affiche jaune

Onze ans. C'est tout ce qui sépare l'annonce de Noël 1926 de l'affiche suivante.

Elle est grande, imprimée en noir sur papier jaune par le Courrier du Bessin, et son premier mot est VENTE. En dessous, en plus petit : sur conversion de saisie immobilière RINUY.

Vendredi 19 mars 1937, treize heures trente précises, salle des criées du Tribunal civil de Bayeux, rue de la Chaîne. Sont saisis Hippolyte-Hyacinthe-Célestin Rinuy et Lucien-Hippolyte-Hyacinthe-Célestin Rinuy, avec Berthe-Jeanne-Hélyacine Bordeux, son épouse, demeurant ensemble à Orbois. Poursuivent Eugène Besnard, propriétaire à Caumont-l'Éventé, et Jacques-Désiré Lepoultier, propriétaire à Livry.

Cette fois, l'affiche imprime un nom : « Domaine du Château du Bû ou du Bel ».

Le second terme n'apparaît que deux fois dans tout ce que nous possédons — sur cette affiche, et dans une lettre de notaire de 1939. Partout ailleurs, pendant un siècle, c'est du Bû — ou du Bus, orthographe du cadastre. En 1936, le propriétaire lui-même, écrivant de sa main les instructions de publicité pour son notaire, appelle sa propriété « Le Château du Bû ».

Nous gardons donc du Bû, et nous notons du Bel comme ce qu'il est : une variante rare, deux fois attestée, dont nous ignorons l'origine.

Le premier lot décrit la maison — cuisine, office, salle à manger, vestibule, grande salle à manger, bureau et salon ; sept chambres à l'étage ; mansardes et greniers au second. Puis les bâtiments devant et derrière le château, la grande cour, le jardin.

Et, au milieu de l'énumération, une phrase qui ouvre une porte : sur l'herbage dit herbage du Bû se dresse un grand corps de bâtiment de pierre couvert d'ardoises, « dit l'ancien Château du Bû », avec, au rez-de-chaussée, une grande cave où se trouve un ancien pressoir à tour.

L'ancien château. En 1937, on distinguait donc déjà la maison de son ancêtre.

Le tout forme un seul tenant de 35 hectares 60 ares 60 centiares d'après le cadastre — mais de 31 hectares 45 ares 61 centiares d'après les titres. Les deux chiffres figurent sur l'affiche, l'un sous l'autre, sans que personne ne cherche à les concilier.

Mise à prix du premier lot : 220 000 francs. Second lot, une pièce de terre et une carrière en exploitation dite « Le Champ Baucher » : 30 000 francs.

Pour cette vente, le géomètre-expert E. Avias, place Saint-Sauveur à Caen, dresse deux plans : la désignation cadastrale au 1/2500, et un relevé de la partie mesurée au 1/1000 où l'on distingue le corps de logis, les deux corps de bâtiments qui l'encadrent — l'un devant, l'autre derrière —, les clôtures, les haies de fusains — et l'étang.

Sur ce relevé, la limite communale ne longe pas la maison : elle la traverse. Le corps de logis est coupé en deux, et le géomètre a inscrit à côté la règle qui fixe cette ligne — « Limite à 3m00 de l'axe de la haie de fusains ». Deux communes séparées par une haie d'arbustes.

Voir les documents en détail : Les archives de la maison →
VI

1944

Sept ans après l'affiche jaune, la guerre arrive dans le bocage.

Ce que nous pouvons dire sans réserve : le secteur a été violemment disputé pendant l'été 1944, et la maison en porte les marques. Les photographies conservées dans la salle d'histoire du domaine montrent le corps de logis à la toiture effondrée, une aile réduite à ses murs, l'angle du château éventré, des pierres et des tôles dans une pièce écroulée.

Sur l'une d'elles, au milieu des décombres, l'escalier de fer forgé est toujours debout — celui-là même que le notaire de 1926 décrivait, onze ans plus tôt, dans la première ligne de son annonce.

Le corps de logis, la toiture effondrée
Le corps de logis, la toiture effondrée
Une aile réduite à ses murs
Une aile réduite à ses murs
L'angle du château éventré
L'angle du château éventré
L'escalier de fer forgé, resté debout
L'escalier de fer forgé, resté debout
L'escalier envahi par le lierre
L'escalier envahi par le lierre
Pierres et tôles dans une salle effondrée
Pierres et tôles dans une salle effondrée
La façade éventrée, les volets encore en place
La façade éventrée, les volets encore en place
Le château sans toit, vu du pré
Le château sans toit, vu du pré

Aux photographies s'ajoute désormais une ligne d'écriture.

Dans l'inventaire dressé après la mort de Lucien Rinuy, en 1947, le premier article commence ainsi : « Mobilier d'intérieur sinistré, mais assuré à la compagnie d'Assurances Générales, Paris 87 rue de Richelieu, police n° 3.171.871, agence Bayeux, en date du 1/10/46 ».

Sinistré. C'est le mot que l'on employait pour ce que la guerre avait détruit. Il est écrit à la main, dans une liste de biens, dix ans après que cet homme eut perdu la maison — et il n'avait pas quitté Orbois.

Ce que nous pouvons dire avec prudence : la maison a été occupée par l'armée allemande, sa position dans le bocage se prêtant à l'observation et au cantonnement d'officiers.

Ce que nous ne pouvons pas encore dire, et que nous ne dirons pas tant que les archives ne l'auront pas établi : quelle unité exactement, à quelles dates, et pour quel usage précis. Des récits circulent dans la région. Un récit n'est pas une preuve. La recherche est en cours — dans les archives militaires, dans les photographies aériennes de reconnaissance, et dans les dossiers de dommages de guerre du Calvados.

Un objet, enfin, a traversé tout cela et se trouve ici : un camion de l'armée américaine de la Seconde Guerre mondiale. Le propriétaire précédent le gardait ici. Nous l'avons confié à un garage, et quand il a été remis en état, nous l'avons ramené nous-mêmes, par la route.

L'enquête en cours : 1944 →
VII

Le nom, la pierre, l'eau

Autour de cette maison, presque tous les lieux portent le nom d'une pierre.

L'acte de 1925 énumère les parcelles une à une. On y lit, en toutes lettres : Bois-du-Grand-Callouet, Le Grand-Callouet, Le Petit-Callouet, Bois-du-Petit-Callouet. Quatre parcelles, un même mot : caillou. Le grand bois-taillis du Petit-Callouet mesurait deux hectares soixante-dix-huit ares soixante-six centiares.

Ces noms ne datent pas des propriétaires que nous connaissons. Ils étaient déjà inscrits au cadastre quand Rinuy est arrivé, et sans doute bien avant. Ils ne décrivent pas une propriété : ils décrivent un sol.

Dans le bois du Petit-Callouet, à cinq cents mètres au nord-ouest de la maison, il y a un creux. Le terrain descend en pente douce et, à un endroit, il s'ouvre sur une paroi haute d'une vingtaine de mètres, entamée par le côté. Ce n'est pas un accident du relief : c'est le vide laissé par ce qu'on en a sorti. Aujourd'hui le taillis a tout repris, et les sangliers y sont chez eux.

[Degré : observation du propriétaire actuel. Aucun document du chartrier ne mentionne cette carrière-là — celle des actes est une autre, à Hottot-les-Bagues, où l'on extrayait le sable de mer, le gravier et les galets.]

Au nord de la maison, l'étang et le petit cours d'eau qui l'accompagne portent un nom, lui aussi : Le Doux Cailloux. En normand, un douet est un ruisseau — et plus précisément l'endroit du ruisseau où l'on lave le linge. Il y a un Douit à Burcy et un Douet à Canteloup, à quelques lieues d'ici.

[Degré : hypothèse. L'orthographe ancienne reste à vérifier sur le cadastre de 1831.]

Et à l'angle nord-ouest du grand herbage, le géomètre de 1937 a dessiné une petite forme arrondie, mesurée — trente-cinq mètres, quinze mètres — sans hachures. Ce n'est pas un bâtiment. C'est une source. Elle coule encore, toute l'année.

Enfin, sous un arbre, près de l'entrée de la maison, il y a un cercle de pierre d'environ quatre mètres de diamètre. On y plante des fleurs.

Il est fait de six blocs de granit, courbes, taillés sur gabarit — six fois soixante degrés. Le granit n'est pas la pierre d'ici : ici, c'est le calcaire. Mais une roue de pierre qui tourne des heures durant use le calcaire, et n'use pas le granit. Ce cercle n'a pas été ramassé : il a été commandé.

C'est le tour d'un pressoir à cidre. Un cheval marchait autour, une meule roulait dedans, et les pommes s'écrasaient sous la meule.

Il n'est pas à sa place. Aucun cheval ne pourrait tourner ici : le bâtiment est trop près, la pelouse trop près. Et six blocs de granit de cette taille pèsent, à eux tous, plusieurs tonnes — on ne les déplace pas par hasard. Il a fallu une machine, et quelqu'un qui ait décidé que cette pierre-là valait d'être sauvée.

Un seul de nos documents nomme un pressoir à tour : l'affiche de 1937, qui le place dans la cave du bâtiment qu'elle appelle « l'ancien Château du Bû ». La notice de 1926, elle, mentionne parmi les communs « un beau pressoir en parfait état », sans en dire la forme.

Si c'est le premier — et c'est le seul des deux dont un document dise qu'il était à tour —, alors ce cercle est tout ce qui reste de cette maison disparue dont nous ignorons jusqu'à l'emplacement.

Et l'on y plante des fleurs.

Tous ces noms sont plus vieux que nous. Il y en a un, pourtant, qui date d'aujourd'hui.

L'allée boisée qui mène au portail n'en avait pas. Le propriétaire actuel lui en a donné un, en 2019, l'année où la maison a commencé à recevoir : Le Bû — le nom du domaine, rendu au chemin qui y conduit. Ce n'est pas une trouvaille d'archive. C'est un nom de 2019, et dans cent ans quelqu'un le lira sur une carte et se demandera d'où il vient.

Un anneau de blocs de granit courbes posé au sol sous un arbre, rempli de terre et planté d'arbustes Agrandir
Le cercle de pierre, aujourd'hui planté de fleurs. Six blocs de granit assemblés, environ quatre mètres de diamètre.

Ici les papiers s'arrêtent.

La dernière pièce de ce fonds est datée de 1947. Après elle, plus rien : ni acte, ni lettre, ni affiche. Trente années passent sans que nous puissions les lire.

Nous reprenons donc la parole — pour dire, surtout, ce que nous ne savons pas.

VIII

1970 — Bernard Helleboid

Bernard Helleboid (1936–2014) était notaire. Il a acheté cette maison — en 1970, dit-on ici. Nous n'en avons pas encore la preuve écrite : la plaque du domaine donne ses dates, 1936–2014, mais aucun acte de notre fonds ne porte celle de son achat. Dominique, qui l'a connu, place la vente en 1970. Nous le notons comme tel : une date de mémoire, pas de document.

Bernard Helleboid a relevé la toiture, consolidé les murs, repris les façades, reconstruit les communs. Ce que la guerre avait ouvert, il l'a refermé. L'architecture que l'on découvre aujourd'hui en franchissant la grille est, pour une large part, le résultat de son chantier.

Il a aussi gardé les papiers — et il en a rassemblé bien plus qu'un propriétaire n'en reçoit.

Ce fonds n'est pas la boîte d'un particulier. On y trouve des lettres échangées entre notaires, des formulaires de vente où la place de l'acheteur est restée blanche, plusieurs exemplaires de la même affiche, les plans du géomètre, et des chemises imprimées au nom des études de Maître Berthier, de Maître Gardin, de Maître Rault. C'est un dossier d'étude, celui que Livry tenait sous le nom de l'affaire.

Bernard Helleboid était notaire. Il est vraisemblable qu'il ait pu se faire remettre, par ses confrères, l'histoire écrite de la maison qu'il venait d'acheter. C'est à cette habitude professionnelle que ce récit doit d'exister.

Nous n'avons pas trouvé les papiers dans un grenier : sa veuve nous les a remis, à part, au moment de la vente.

Dominique, qui travaille ici depuis ses dix-sept ans, l'a connu, et travaille toujours sur le domaine aujourd'hui.

Pierres de taille empilées, prêtes à remonter les murs
Pierres de taille empilées, prêtes à remonter les murs
La toiture refaite, la grue encore en place
La toiture refaite, la grue encore en place
Une aile sous tôles, l'autre déjà retuilée
Une aile sous tôles, l'autre déjà retuilée
Le toit achevé, les murs encore nus
Le toit achevé, les murs encore nus

Le chantier de relèvement. Ces clichés ne portent pas de date : nous ne pouvons pas dire de quelle campagne ils viennent.

IX

2014

En 2014, le domaine est acheté par JUDVI, une société française créée pour cela. JUDVI appartient à JenniferSoft, une société de logiciels coréenne, fondée par Wonyoung Lee — Andy, pour tout le monde ici.

Le billard était dans la salle de billard. La cheminée de 1636 était à son mur. Et les papiers nous ont été remis à part, de la main de la veuve du propriétaire précédent. Rien de tout cela n'est venu avec nous. Nous en avons hérité au sens le plus littéral.

Depuis 2019, la maison reçoit. Des voyageurs français et étrangers, des familles, des séminaires, des retraites, des événements privés.

Le billard, lui, est démonté et remisé. Il attend son tour.

Le domaine vu du ciel : le château, les étangs et les prés Agrandir
X

Ce que nous cherchons encore

Cette page est incomplète, et nous préférons le dire plutôt que le masquer. Voici, précisément, les trous.

Quand cette maison a-t-elle été bâtie ?

Nous l'ignorons. Le millésime de 1636 est sur une cheminée qui vient peut-être d'ailleurs ; la façade parle d'un autre siècle ; l'annonce de 1926 dit « entièrement à neuf ». Ce que nous pouvons dire aujourd'hui : elle est antérieure à 1831, et elle a été profondément reprise avant 1926. Entre les deux, nous ne savons pas.

Où était le château de bois, et quand a-t-il brûlé ?

Dominique, qui entretient ce domaine depuis ses dix-sept ans, tient de ses anciens le récit suivant : le premier château se dressait à quelques centaines de mètres d'ici, il était en bois, et il a entièrement brûlé. On aurait alors reconstruit sur l'emplacement actuel — en faisant venir la pierre, et les éléments d'architecture, d'un vieux château démoli dans les environs de Paris.

Si ce récit est exact, il explique la cheminée : le millésime de 1636 ne daterait pas cette maison-ci, mais la maison d'où la pierre est venue. L'âge des pierres et l'âge du bâtiment seraient deux choses différentes.

Nous le donnons pour ce qu'il est : une tradition orale, non vérifiée. Nous n'avons ni la date de l'incendie, ni le nom du château parisien démoli, ni un document qui confirme le transport. Nous cherchons les trois.

De quel château des environs de Paris viennent les pierres ?

Si la tradition dit vrai, un château a été démoli et transporté jusqu'ici. Nous n'avons pas son nom. Nous avons depuis dépouillé l'ensemble du fonds — cent quarante-huit pièces, de 1905 à 1947. Le nom n'y est pas.

Qu'est devenu le Docteur Blacher ?

Le 19 mars 1937, la maison n'a pas été adjugée. Elle a été sauvée le jour même — un prêt, une procuration signée par les Rinuy, un compromis de vente déposé chez le notaire — puis vendue à Édouard Gouesmel, conseil juridique à Vire, qui écrivait trois semaines plus tard : « je suis actuellement le réel propriétaire du domaine du Bû ». Elle est passée ensuite au Docteur Blacher, de Vire. En août 1939, le docteur la remettait en vente pour trois cent cinquante mille francs. La guerre fut déclarée trois semaines plus tard. Nous ignorons ce qu'il est devenu, et Vire fut presque entièrement détruite en juin 1944.

Et entre 1939 et 1970 ?

Le trou s'est refermé par un bout. Nous connaissons maintenant les propriétaires de 1925 à 1939 : les de Brunville, puis Rinuy, puis Gouesmel, puis le Docteur Blacher. Ce sont les trente années suivantes qui manquent — celles de la guerre, de la reconstruction, et de l'homme dont nous n'avons que la prononciation du nom, pas l'orthographe. Une chemise d'étude portant la seule mention « 1962 », au nom de Maître Georges Rault, notaire à Cahagnes, se trouve dans nos papiers. Elle est vide. Nous cherchons ce qu'elle contenait.

Que s'est-il exactement passé ici en 1944 ?

Voir la page consacrée à l'enquête.

Quand Bernard Helleboid a-t-il acheté cette maison ?

Nous n'avons pas l'acte. La seule date que nous ayons vient de la mémoire de Dominique. Et entre le Docteur Blacher et lui, y a-t-il eu un propriétaire de plus, que nous ne connaissons pas ? Une chemise d'étude de 1962, au nom de Maître Rault, à Cahagnes, laisse la question ouverte.

Carte postale ancienne : « Orbois, le Château du Bû », le château intact Agrandir
Carte postale ancienne, non datée.

Si vous savez quelque chose

Une carte postale, une photographie de famille, un souvenir de vos grands-parents, une mention dans un acte : si vous détenez une pièce qui touche à cette maison, à Orbois ou à Hottot-les-Bagues, nous serions heureux de la connaître.

Chronologie

◆ établi par document · ○ tradition orale, en cours de vérification

  1. ? Un premier château de bois, à quelques centaines de mètres — détruit par le feu. Tradition orale, non datée.
  2. 1636 Le millésime gravé sur la cheminée de la salle de billard. Origine de la pierre non établie.
  3. 1831 Le cadastre napoléonien figure « Ch.au du Bus » — la limite communale coupe déjà le corps de logis. Une voie droite d'environ 300 m passe devant la façade.
  4. 1925 22–23 décembre — Lucien Rinuy achète le domaine des de Brunville. 400 000 francs, dont 215 000 payables le 22 décembre 1930.
  5. 1926 Vente de gré à gré : « belle propriété d'un seul tenant », 40 hectares. Deux acheteurs, aucune vente. Entrée en jouissance annoncée le 25 décembre.
  6. 1931 13 janvier — le propriétaire refuse une offre de 590 000 francs.
  7. 1936 14 mai — il fait publier lui-même la vente dans sept journaux. · 1er août — saisie.
  8. 1937 19 mars — vente sur saisie au Tribunal de Bayeux. La maison n'est pas adjugée : elle est sauvée le jour même, puis vendue à Édouard Gouesmel, de Vire, qui la cède au Docteur Blacher.
  9. 1939 17 août — le Docteur Blacher remet le domaine en vente : 350 000 francs.
  10. 1944 La bataille de Normandie. La maison est occupée puis gravement endommagée.
  11. 1947 10 mai — Lucien Rinuy meurt à Orbois, dix ans après avoir perdu la maison.
  12. 1970 Bernard Helleboid, notaire, achète le domaine et le relève. Date de mémoire, non encore établie par un acte.
  13. 2014 JUDVI, société créée par Andy Lee, achète le domaine.
  14. 2019 Le château ouvre aux voyageurs.